Dans le monde des SSII, ITS Group a marqué les esprits ces dernières années en continuant malgré la crise à procéder à des acquisitions. Son DG Délégué aux Finances et à l’Administratif, Philippe Sauvé, est en première ligne pour mener à bien cette stratégie de croissance. Ce qui lui garantit de ne jamais s’ennuyer !
New-CFO : Le groupe ITS (*) s’est fait remarqué ces dernières années en rachetant plusieurs sociétés concurrentes, y compris pendant la période de crise où les fusions/acquisitions dans le monde des services informatiques avaient fortement ralenti. Dans l’équipe de direction, le directeur financier que vous êtes joue attaquant ?
Philippe Sauvé : Il est exact que notre plus grosse acquisition, celle d’Axialog, date du début de 2010, alors que la crise n’était pas terminée. A l’époque, les opérations étant rares, celle-ci fut d’autant plus visible. Mais nous en avions effectué d’autres en 2007, puis en 2009.
Cela étant, je ne revendique pas l’étiquette de directeur financier offensif. Je préfère l’adjectif proactif. Car nous ne nous plaçons pas dans une stratégie de croissance externe à tout va. La croissance organique nous importe au moins autant. Et même lorsqu’il y a des opérations de rachat, nous prenons le temps de digérer nos acquisitions.
New-CFO : Quelle organisation avez-vous mis en place pour gérer ces opérations ?
Philippe Sauvé : Nous n’avons pas de pôle dédié à la croissance externe. En revanche, nous travaillons avec des cabinets spécialisés dans les F/A, qui nous font remonter les opportunités. Notre taille et notre notoriété allant croissant, elles sont aujourd’hui plus nombreuses à remonter par ce biais que lors de nos premières opérations, en 2005. Au début, c’était le réseau, le bouche à oreille, qui fournissait l’essentiel des informations.
J’interviens très en amont du processus, ayant acquis une connaissance métier qui me permet d’abord de cibler les entreprises qui vont compléter utilement notre offre de services. Ensuite, je pilote ou réalise toutes les étapes qui nous amènent au closing.
New-CFO : Vous vous trouvez donc en toute première ligne ?
Philippe Sauvé : Oui, une grande partie du process d’acquisition est entre mes mains mais, bien entendu, le dialogue avec mon président demeure permanent. Le rôle des cabinets varie. Nous avons confié des mandats de recherche à certains d’entre aux, d’autres nous contactent avec des mandats de vente parce qu’ils ont suivi notre parcours. Au total, tous ne présentent vraiment pas la même valeur ajoutée…
New-CFO : Il semble que vous consacrez beaucoup de temps à cette veille ?
Philippe Sauvé : C’est tout à fait exact. Depuis ma nomination au poste de Directeur Général Délégué, mes prérogatives ont évolué, entre autres dans le sens d’un renforcement de mon rôle dans ces opérations. A l’inverse, cela nécessite de pouvoir libérer du temps en s’appuyant sur des relais au sein de la Direction Financière.
Au delà de la veille, le montage des dossiers est très important. Je n’ai pas fait de statistiques précises, cependant nous pouvons estimer que deux tiers d’entre eux ne dépassent pas le stade de la consultation. Les autres font l’objet de rendez-vous avec les cédants et leur conseil. A l’issue de ce premier contact, 80 à 90% des candidats sont encore écartés, mais demandent tout de même de l’énergie. A l’inverse, parmi ceux qui franchissent ces deux premières étapes, 90% vont au bout.
Ce qui signifiera négociation sur les prix et les conditions, mais aussi réalisations des due diligences, qui seront des éléments importants de l’acquisition, tant pour notre analyse de risques que l’obtention des financements. N’oubliez pas que nous sommes cotés, ce qui impose aussi des règles de confidentialité pendant tout le processus, règles qui s’appliquent aussi naturellement vis à vis de nos collaborateurs.
New-CFO : Vous n’aimez peut-être pas le terme, mais le terme offensif vous va tout de même très bien !
Philippe Sauvé : Oui, finalement. Mais le plus important, c’est que cela nous fait tous avancer. Le rôle de directeur financier dans une société de services peut s’avérer assez répétitif, dans la mesure où nous ne faisons pas évoluer les process tout les jours… Avec ces opérations à mener, ce risque d’ennui n’existe pas. Mais il est fondamental que le financier soit totalement en phase avec la présidence de l’entreprise. En ce sens, je ne fais que mettre en œuvre une stratégie « offensive ».
(*) ITS Group a dépassé le millier de collaborateurs en 2010, et a vu son CA bondir de 56% suite à l’acquisition d’Axialog. Le groupe a été créé en 1997 par Jean-Michel Bénard. Philippe Sauvé, qui l’a rejoint en 2000, a été DAF avant de devenir Directeur Général Délégué aux Finances et à l’Administratif en mai 2010.



