La valeur stratégique de l’informatique reste difficile à quantifier

FJ - 13/04/2011

priceminister-locaux

Dans une société internet à succès comme Priceminister, l’informatique occupe bien évidemment une place centrale, largement constitutive des performances de l’entreprise. Cette vision est partagée par la DSI de Justin Ziegler, la DAF et la Direction Générale. Pour autant, il y a toujours besoin d’indicateurs pour mesurer les performances et les progrès.

New-CFO : Quelles sont les relations d’une DSI avec la DAF dans une entreprise de l’internet qui place, on l’imagine, son informatique au cœur de son développement?

Justin Ziegler : Nous n’avons pas de lien hiérarchique avec la DAF, qui reporte comme nous directement à la DG. A mon sens, cela traduit généralement la bonne vision qu’a l’entreprise du rôle stratégique de son informatique, justement !

Il y a naturellement chez Priceminister (*), un regard sur l’informatique différent  de celui posé par des industries plus traditionnelles. Après tout, notre développement, notre existence même, dépendent bien du système d’information. C’était déjà évident lorsque je suis rentré comme co-actionnaire dans le premier tour de table en 2000, après plusieurs expériences personnelles dans des start-up. Mais le regard a encore évolué depuis. L’image de l’informatique a grandi.

New-CFO : Qu’est ce qui l’a fait évoluer ?

Justin Ziegler

Justin Ziegler : Nous sommes dans une configuration où 100% des revenus de l’entreprise proviennent de notre site internet. Et où la moindre idée qui naît pour générer de nouveaux revenus, par exemple au marketing, a besoin d’une mise en place informatique pour produire ces résultats. Cela explique notamment pourquoi la DSI compte 80 collaborateurs sur les 200 de l’effectif total.

La différenciation constitue un autre point clé : toutes les sociétés dans le e-commerce n’ont pas les mêmes besoins de performances. Nous avons par exemple plus de 40 millions de références à gérer, et nous opérons dans des domaines très variés – électroménager, musique, vêtements, objets de collection, etc., alors que nos concurrents sont souvent spécialisés.

Finalement, Priceminister a choisi un chemin qui crée de l’exigence sur la performance de l’informatique, à laquelle nous essayons de répondre en mettant en place des organisations, des méthodes, et en surveillant certains indicateurs.

New-CFO : Des indicateurs financiers par exemple ? Est-ce que la DAF vous conseille dans l’établissement et l’amélioration de ces KPI ?

Justin Ziegler : La DAF nous aide à calculer une valeur comptable de l’informatique, mais sa valeur stratégique est beaucoup plus délicate à cerner. Le benchmarking classique n’est pas adapté à des sociétés moyennes comme la notre, car une bonne partie de notre vitalité provient de choix et de configurations – techniques notamment – qui n’apparaissent pas dans ces comparatifs. En revanche, nous suivons certains KPI issus de la méthode Kaysen (**), qui est née au Japon dans l’industrie automobile et à laquelle le lean management est souvent associé.

Avec le DAF, nos échanges sont très réguliers sur les budgets, les engagements de dépenses, ou les suivis trimestriels. Sur son périmètre de compétences, la comptabilité ou les RH par exemple, elle est tout à fait légitime pour prendre des décisions d’inspiration économique, comme l’externalisation. Ce qu’elle a d’ailleurs fait récemment pour la paie. Mais l’informatique reste à la barre pour tous les projets cœur de métier. D’ailleurs, dans mon équipe, il n’y a pas de chefs de projets, mais des chefs de produits.

(*) PriceMinister exploite le site Internet d’achat et de vente en ligne PriceMinister.com, un des sites leader du commerce électronique français. Créée par Pierre Kosciusko-Morizet, Pierre Krings, Justin Ziegler, Olivier Mathiot et Nathalie Gaveau en août 2000, elle comptait en janvier 2010 plus de 200 salariés. En juin de cette même année, le groupe a été racheté par Rakuten, le numéro un du commerce électronique japonais.
(**) Kaysen : nom d’une méthode de gestion de la qualité d’origine japonaise. Le mot kaizen est la fusion des deux mots japonais kai et zen qui signifient respectivement « changement » et « bon ». La traduction française courante est « amélioration continue ». En fait, par extension, on veut signifier « analyser pour rendre meilleur ». (source Wikipedia)






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