La fonction financière s’expatrie encore bien, mais il faut anticiper son retour en France

FJ - 16/03/2011

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Après ses études à HEC et une première expérience de l’international à l’audit interne d’un grand groupe, Christine Ravisy-Croubois a osé le grand saut de l’expatriation, en commençant par le Mexique. Une expérience enrichissante et mouvementée, poursuivie au Japon, avant un retour en France… presqu’aussi dépaysant, dont elle admet qu’il n’est jamais assez bien préparé. Elle est aujourd’hui responsable de programmes de formation sur mesure à ESCP Europe.

New-CFO : Comment se retrouve-t-on “expat” dans la fonction financière?

Christine Ravisy-Croubois : C’est d’abord une envie de voyager et de connaître d’autres cultures. Dans mon cas, elle remonte à loin. Pendant mes études à HEC, j’ai poursuivi cet objectif, dès mes premiers stages (au Mexique et aux USA). Mon premier emploi, comme auditrice dans un grand groupe international, a ensuite occasionné de nombreux déplacements à l’étranger – en Hongrie, en Espagne, au Brésil par exemple – mais ne m’ont jamais permis de me poser suffisamment longtemps dans un pays.

L’occasion de vivre autre chose, avec un contrat d’expatriation, s’est alors présentée et j’ai sauté le pas. Je me suis installée au Mexique, à Puebla, pour le compte d’un spécialiste de l’automobile, comme contrôleur de gestion dans son usine locale.

New-CFO : Pourquoi ce pays et pas un autre ?

Christine Ravisy-Croubois : Je n’ai pas choisi ce pays en particulier. J’avais la chance de parler espagnol couramment, ce qui contrebalançait ma relative inexpérience du secteur automobile. Il y a ainsi des « marqueurs » dans un CV, qui peuvent emporter la décision, aussi bien du côté de l’employeur que de celui du candidat.

Cette expérience mexicaine s’est révélée, à bien des égards, typique de ce que vivent les expatriés. A commencer par les problématiques logistiques – par exemple la scolarisation des enfants ou la recherche d’un logement – dont il faut bien être conscient qu’elles ne sont pas toujours gérées par l’entreprise. Je signale d’ailleurs que certains consultants en France proposent d’assister les futurs expatriés dans l’évaluation des « packages » proposés par l’employeur (*). C’est tout à fait utile. Il y a eu ensuite des adaptations nécessaires en termes de comportement, tant sur le plan privé – il m’a fallu apprendre à penser la sécurité autrement – que sur le plan professionnel.

New-CFO : Vous avez vraiment découvert de grandes différences dans votre rôle de contrôleur de gestion ?

Christine Ravisy-Croubois : Bien entendu. La gestion du temps, la régularité du reporting, et le contrôle en général, n’obéissent pas aux mêmes habitudes. Il faut en tenir compte mais sans sacrifier sa déontologie. A l’inverse, même si votre employeur français compte sur vous pour défendre ses intérêts, la pédagogie et le dialogue se révèlent toujours payants.

New-CFO : Vous êtes restée au Mexique ensuite, mais dans un autre contexte

Christine Ravisy-Croubois : Oui. Mon nouvel époux, lui aussi expatrié dans ce pays, travaillait à Mexico qui se situe à 120 km de Puebla. Pour des raisons personnelles, j’ai donc mis fin à mon contrat dans l’automobile et trouvé un poste de professeur d’économie au Lycée français de Mexico.

Il faut absolument que les candidats à l’expatriation prennent conscience de la nécessité de penser, très vite, à l’après-contrat. Souvent, dans l’euphorie du premier poste, ils négligent cet aspect pourtant primordial, qu’ils souhaitent revenir en France ou continuer à travailler à l’étranger.

Dans notre cas, après le Mexique, nous avons voulu partir en Asie. Après avoir examiné des opportunités en Corée du Sud, repoussées pour des raisons d’éloignement des sites industriels des grands centres urbains comme Séoul où se trouve le lycée français, nous avons finalement atterri au Japon. Avec un seul contrat, celui de mon mari.

New-CFO : C’est donc si difficile de « bouger » à deux ?

Christine Ravisy Croubois : Bien sûr. Et cette difficulté concerne aussi bien le mari que la femme dans un couple où les deux travaillent. Il y en a toujours un qui décroche le premier contrat…. Pour le conjoint, toute la difficulté consiste alors à convaincre une entreprise, alors qu’il est déjà sur place.

Personnellement, j’ai fait le choix de prendre le temps d’apprendre le japonais, afin de m’ouvrir des possibilités d’emploi dans des entreprises locales. Je me suis également rapproché d’une Association Japonaise bien connue des femmes d’expatriés – les « Amies de la langue française » – en raison du nombre d’activités qu’elle propose. Le Japon est un pays où les structures de ce type jouent un rôle important et facilitent le contact. J’ai d’ailleurs travaillé ensuite dans le milieu du design chez Yoichi Nagasawa, puis dans celui de la formation chez NTT Docomo, grâce à ce réseau.

New-CFO : Finalement, vous êtes rentrée en France. Comment cela s’est-il passé ?

Christine Ravisy-Croubois : Effectivement, nous sommes rentrés après sept ans passés au Japon. Je n’insisterai jamais assez sur la nécessité de bien préparer ce retour. J’ai suivi pour ma part une formation dispensée à HEC et ouverte à tous les cadres qui le désirent (*). En trois jours, elle m’a permis de constater comment le marché de l’emploi avait évolué, et d’adapter mes recherches et mes comportements. Depuis mon retour, je suis responsable de formation pour un public d’exécutifs à l’école de management ESCP Europe.

New-CFO : Quels messages essentiels retenez-vous des ces quinze années passées à faire le « globe-trotter » ?

Christine Ravisy-Croubois : Il est encore plus important aujourd’hui qu’hier de partir avec l’envie de voyager, et la disponibilité pour découvrir d’autres cultures. Car les avantages financiers, notamment fiscaux, se sont atténués avec le temps. Par ailleurs, dans notre monde globalisé, les collaborateurs qui « bougent », même sans être expatriés, sont de plus en plus nombreux, ce qui rend les employeurs plus regardants avant de signer ce type de contrat. Dans une certaine mesure, on peut dire que la notion même d’expatriation a été dévalorisée par l’effet globalisation. Néanmoins, nous avons la chance, dans les fonctions financières, de demeurer parmi les professionnels les plus demandés, aux côtés des ingénieurs, pour ces missions.

(*)www.intelfi.com par exemple
(**)http://www.associationhec.com/francais/recherche.php#emploi : voir la  rubrique « Travailler à l’international / S’expatrier » ou « comment gérer son retour d’expatriation »






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