Gérer les risques pour consolider les ambitions

FJ - 29/06/2011

Brique Aurore - Damien architecte Lievin

Détection et solution : le DAF doit prendre en charge les risques de l’entreprise et ainsi jouer un rôle clé dans sa protection, mais aussi dans ses ambitions. C’est ainsi que Lionel Mailly, Président de la DFCG pour la Région Nord-Pas de Calais et DAF des Briqueteries du Nord (*) conclut notre thématique du mois sur la gestion des risques.

New-CFO : Vous êtes intervenu à de nombreuses reprises, dans la presse ou dans des colloques, sur le thème de la gestion des risques. Cela vous préoccupe t-il beaucoup ?

Lionel Mailly : Bien sûr. C’est la rançon de l’évolution du métier de DAF ces dernières années. Son travail consistait auparavant à traiter les sujets fiscaux, comptables et à produire des résultats conformes aux réglementations. Puis il a du développer des capacités d’analyse, pour essayer de mieux comprendre et mieux anticiper la santé de l’entreprise. Avec le contrôle de gestion, ses interventions sont devenues encore plus pertinentes, lui permettant d’apporter une aide efficace aux différents services, en les questionnant ici sur le surdimensionnement de leurs stocks, là sur la cherté de leurs produits par rapport à la concurrence. L’analyse et la gestion des risques représentent en quelque sorte le dernier étage de la fusée en remontant d’un cran dans l’anticipation.

New-CFO : Il vous semble naturel que le DAF réfléchisse aux risques, y compris dans des domaines non financiers ?

Lionel Mailly : Tout à fait. Il a une véritable occasion de démontrer des compétences utiles, et pas seulement pour éviter à ses dirigeants des poursuites au Pénal ! Finalement, dans une entreprise, il est logique que l’actionnaire croie à ses investissements, que le commercial croie à ses ventes, que le fabricant croie à ses produits… Mais qui pense aux risques ? Le DAF !

New-CFO : Le DAF ne risque t-il pas d’apparaître comme un empêcheur de tourner en rond ?

Lionel Mailly - Briqueteries du NordLionel Mailly : Non, car il lui incombe, au delà du constat, d’apporter des solutions. Imaginez qu’un contrôleur de gestion se contente de dire « dans telle activité, cela ne va pas fort » : il serait jugé mauvais. C’est la même chose pour le DAF, qui ne doit pas hésiter à aller chercher des compétences et des expertises complémentaires, à échanger dans des associations comme la DFCG autour des bonnes pratiques, pour développer un arsenal de réponses aux situations périlleuses – qu’il anticipe bien souvent avant les autres pour son entreprise. Je me souviens, il y a trois ans, d’une soirée très intéressante. Nous avions échangé sur nos prévisions de gestion de la crise en matière sociale, et sur les moyens de limiter au maximum les pertes de compétences clés pendant la tempête à venir, dans l’attente de la reprise.

New-CFO : C’est un exemple dans le domaine des ressources humaines. Y en a-t-il d’autres où le DAF est amené à parler « risques » en dehors de son périmètre financier ?

Lionel Mailly : Il en parle en particulier avec la direction générale, notamment lors des phases d’acquisition. Plus généralement, je suis frappé, depuis quelques années, de constater l’évolution du périmètre d’action des DAF lors des Trophées de la Gestion que nous leur remettons avec la DFCG Nord-Pas de Calais. Nous avons ainsi récompensé un directeur financier qui avait mené à bien le rachat d’une entreprise en Algérie, un autre – celui du club de football du LOSC – qui a su négocier avec les fabricants du Grand Stade de la Métropole des conditions plus avantageuses d’accès aux bénéfices d’exploitation du site. Et un autre qui, pour le compte d’un musée, a anticipé la défaillance de certains bailleurs de fonds pour aller en conquérir d’autres… Nous sommes bien loin des activités purement comptables du DAF à l’ancienne !

New-CFO : N’y a t-il pas, toutefois et sans mauvais jeu de mots, un risque de submersion de la Direction Financière, noyée sous la multitude des risques ? En particulier ceux, récents, de non conformité aux multiples réglementations en vigueur ?

Lionel Mailly : C’est un point sensible. Il est dans la nature du DAF de se mettre en conformité avec les règlements, mais encore faut-il que ceux-ci soient finalisés et cohérents. Pour vous donner un exemple, devant nos sites industriels et nos bureaux aux Briqueteries du Nord, nous avons des panneaux publicitaires. Or vous n’ignorez pas que s’appliquent sur ces panneaux de nouvelles taxes perçues par les collectivités locales. Mais d’une ville à l’autre, les réponses et les taux diffèrent. Cela requiert donc beaucoup d’énergie rien que pour se mettre en accord avec les textes…

Le DAF consciencieux doit continuer à développer sa veille réglementaire, et à multiplier les échanges en confiance avec les autres professionnels de l’entreprise. Il y a quelques années, je n’étais pas convié aux réunions de production sur les sites industriels. Maintenant, si ! Et je m’y rends à chaque fois que je sais que la thématique des risques sera abordée.



(*) Ancrée dans la région Nord depuis 4 générations, BdN (Les Briqueteries du Nord) a une triple activité de fabrication de briques, négoce de matériaux, et recyclage de matériaux. Son siège social est au Port Fluvial de Lille, et ses trois unités de production à Leers, Lhomme et Templeuve. Depuis une dizaine d’année BdN a développé des partenariats de recherche avec de grandes écoles et groupes industriels, en particulier autour de la construction de maisons BBC et passives.

Les Briqueteries du Nord : http://www.bdn.fr/






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