Entreprises familiales et direction financière : « la différence, c’est le long terme »

FJ - 02/03/2011

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En ces temps de remise à plat des objectifs des entreprises et de leurs actionnaires, les sociétés familiales, qui s’appuient sur des tours de table particulièrement stables et des stratégies de long terme, retrouvent l’intérêt des économistes. Normal, selon Jean-Jacques Hénaff, Président du Conseil d’Administration des Pâtés Hénaff, pour qui il n’est que temps de se (re)concentrer sur le développement des entreprises et un peu moins sur l’optimisation financière. Un message qui s’adresse aussi aux DAF que l’aventure de ces entreprises atypiques attirerait.

New-CFO : Les Pâtés Hénaff représentent à bien des égards – taille, histoire, ancrage dans le territoire breton, un véritable symbole de l’entreprise familiale. Au quotidien, comment fonctionne-t-elle ? En particulier, comment se prennent les décisions d’ordre financier.

Jean-Jacques Hénaff : Les grands choix financiers s’opèrent au niveau du Conseil d’Administration, qui décide notamment de la politique de distribution de dividendes, ou des emprunts à contracter. Nous avons par ailleurs un responsable comptabilité et gestion, qui traite les opérations plus courantes. Il y a assez peu de délégation à ce niveau, mais ceci est du à la taille moyenne des Pâtés Hénaff (211 salariés, NDLR), et au fait que nous ne sommes pas côtés en Bourse.

Les équilibres évoluent avec le temps. Ainsi, depuis que mon fils Loïc, a pris les rênes au printemps 2010 (en tant que directeur général, quatrième du nom à la tête de l’entreprise, NDLR), le comité de direction ne compte plus qu’un seul représentant de l’actionnariat familial. Tous ses autres membres se consacrent aux métiers clés de l’entreprise, comme la R&D, l’assurance qualité, les ressources humaines. Par ailleurs, au niveau du Conseil d’Administration, nos deux partenaires financiers minoritaires sont associés aux réunions.

New-CFO : Concrètement, une composition familiale du capital, qu’est ce que ça change dans les décisions financières ?

Jean-Jacques Hénaff : Tout s’articule autour d’une vision à long terme, dont j’ai d’ailleurs assumé l’héritage lorsque j’ai pris les rênes de la société en 1972. Par exemple nous avons toujours privilégié une croissance lente des dividendes versés, plutôt que de céder à l’envie – et parfois la possibilité – de les augmenter fortement sur un exercice. C’est simplement que nous connaissons bien les actionnaires, et que nous savons que pour certains d’entre eux, la chute brutale des dividendes l’année suivante aurait pu créer des situations financières délicates. Nous obéissons donc plutôt à la règle « distribuer le nécessaire plutôt que le maximum ».

Nous avons aussi un regard particulier sur le maintien de nos capitaux propres. Beaucoup de banques, en d’autres temps, nous ont expliqué que notre capitalisation était trop élevée, que nous pourrions réaliser de bonnes opérations en empruntant, et augmenter notre rendement financier. Mais dans une société familiale, les objectifs sont différents : par exemple, nous devons garder les moyens de réduire le capital si un des actionnaires voulait sortir. Nous voulons aussi garder la maîtrise de nos capacités d’investissement.

New-CFO : Ce sont des messages de prudence qui prennent une résonnance particulière en ces temps de réflexion sur l’actionnariat et la dépendance aux banques des entreprises ?

Jean-Jacques Hénaff : Effectivement. Je me souviens de Christian Saint-Étienne (Économiste universitaire et analyste politique français) qui nous alertait il y a déjà six ans sur les risques du sur-endettement…

La valorisation à outrance d’une certaine forme d’actionnariat a détourné, ces dernières années, la fonction financière de son juste rôle, qui devrait être de contribuer, par la maîtrise de ses techniques et outils, au développement de l’entreprise. Un DAF qui vient travailler dans une entreprise à actionnariat familial a de grandes chances de retrouver ces valeurs fondamentales. Et qu’il n’ait pas peur de s’ennuyer ! Il en est de très grandes, où ses responsabilités et ses activités seront tout à fait importantes que variées.

Pour en savoir plus :

  • Le site de Family Business Network (FBN), qui réunit les entreprises familiales et patrimoniales partout dans le monde, propose de nombreuses pistes de réflexion autour de leurs modèles de développement : http://www.fbn-france.fr/





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