Passer du producteur de chiffres au business partner : le défi des professionnels de la filière finance

TG - 17/11/2010

Christine-Croubois

Plus que jamais dans cette période troublée, le développement des compétences et la construction d’une équipe soudée constituent des objectifs de premier rang pour les organisations. C’est tout le pari d’un programme ambitieux de formation des professionnels de la filière finance dénommé « Controlling business school », récemment développé par ESCP Europe pour une entreprise du CAC 40. Entretien avec Christine Ravisy Croubois, chef de projet.

Au sein d’ESCP Europe Executive Education, quelle est la place d’un programme sur mesure dans l’offre de l’ESCP Europe ?

ESCP Europe forme chaque année 5000 managers et dirigeants de 90 nationalités sur ses campus de Paris, Londres, Madrid, Berlin et Turin. Au sein de notre département Executive Education coexistent des programmes généraux et de spécialisation, des Executive Masters et des programmes sur-mesure. Celui dont nous parlons aujourd’hui a été spécialement développé pour la filière finance d’une grande entreprise du secteur des télécommunications.

Comment est né ce programme de formation ? Quels en sont les objectifs ?

C’est d’abord une décision stratégique, défendue par le DAF du groupe en Comité Exécutif au moment de réorganiser toute la filière finance. Il s’agit de créer une communauté de controllers qui partagent un référentiel commun au-delà de leurs pays d’origines et de leurs parcours professionnels. C’est aussi une occasion exceptionnelle pour chacun, qu’il soit un cadre financier supérieur ou expérimenté, de comprendre la structure du groupe, d’échanger les meilleures pratiques, sans oublier la possibilité d’échanger de visu avec ses pairs.

Quel est le contenu de cette formation ?

Ce programme est sous-tendu par une philosophie : passer de producteur de chiffres à business partner. En cela, nous le décrivons comme une « controlling business school », en accord avec la vision internationale du budget control, à la fois DAF et contrôle de gestion – il ne s’agit pas de contrôle, mais bien de pilotage.

Cette formation sur-mesure comprend deux niveaux. Le premier est destiné aux cadres supérieurs de la filière finance, environ 150 personnes en tout. Le second s’adresse aux cadres qui comptent entre 5 et 12 ans d’expérience, soit environ 500 personnes.

Chacun des deux niveaux bénéficient de trois blocs d’enseignement : le bloc stratégique, le bloc métier au cours duquel sont abordés notamment KPI, balance score card, effet prix, budgets, et le bloc « soft skills » dans lequel la communication tient un rôle important et où sont traités des sujets comme « résolution de conflits » ou « communiquer efficacement », deux talents qu’il est fondamental de développer aujourd’hui.

Quelle est la méthode employée ?

Les cours et les ateliers sont animés par des professeurs de ESCP Europe et des experts internes, par exemple le Directeur Comptable ou le Directeur de la stratégie. S’y joignent des intervenants professionnels extérieurs, parmi lesquels des DAF d’autres sociétés : ce sont les experts externes.

L’enseignement fait une large place aux études de cas, et s’appuie sur la méthode des « action projects ». Chaque élément fait l’objet d’une mise en pratique immédiate, où chaque petit groupe est animé à la fois par un professeur et par un expert interne. Ce système assure un maximum d’assimilation en même temps qu’il facilite les échanges et la construction de la communauté.

Le cycle des cadres supérieurs se distribue sur 3 semaines, chacune d’elle sur un campus différent, et il a lieu en anglais. Pour les cadres expérimentés, la formation dure une semaine, par groupes nationaux, sur le campus qui correspond à la langue des stagiaires.

En quoi ce programme est-il innovant ?

L’idée d’une communauté des financiers d’une grande entreprise est un concept nouveau. Aussi incroyable que cela pourrait paraître, alors que les commerciaux, les ingénieurs ou le marketing bénéficient depuis longtemps de séminaires de travail et de team building, la filière finance était jusqu’ici laissée de côté. C’est pourtant d’autant plus profitable que les pratiques financières d’une grande entreprise se doivent impérativement d’être cohérentes et alignées, alors que les coutumes commerciales peuvent plus facilement diverger d’un pays à l’autre !

Nous allons bientôt commencer la troisième promotion pour chacun des deux cycles. Les stagiaires ont manifesté leur satisfaction, et la continuité de l’effort constitue probablement la meilleure preuve de sa réussite…

Ce genre d’initiative est-il réservé aux très grandes entreprises ?

Pas du tout. Les ETI – entreprises du mid-market, si vous préférez – ont autant de profit à tirer d’une telle initiative. Les groupes seront moins importants, les programmes pourront être plus ramassés, mais reste l’essentiel : la constitution d’une véritable communauté de controllers qui ont dépassé un rôle passif de producteur de chiffres pour devenir autant de business partners actifs dans la réussite de leur société.

Christine Ravisy Croubois, HEC, a commencé sa carrière comme contrôleur de gestion, puis DAF dans un groupe français. Elle sera ensuite controller d’une entreprise industrielle de 1300 personnes au Mexique, avant de vivre 7 ans au Japon comme consultante et formatrice. Pour la contacter : ccroubois@escpeurope.eu.






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