Responsable financière dans un grand groupe de construction, Sylvie Bretones défend la cause et surtout la place des femmes dans les organigrammes des entreprises. Sur le site Voxfemina http://voxfemina.asso.fr/fr ou au sein d’associations, elle entend démontrer que la mobilisation est payante et peut faire évoluer les comportements.
New-CFO : Vous faites partie des intervenantes « historiques » sur le site Voxfemina, qui veut donner plus de visibilité aux femmes cadres dans les médias. C’est toujours un combat d’actualité ?
Sylvie Bretones : C’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, à ma sortie d’école d’ingénieurs et au moment de commencer une carrière de responsable financière dans le monde de l’industrie, je n’aurais pas imaginé devoir me mobiliser pour cette cause. Le débat me semblait dépassé et l’équité hommes/femmes me paraissait acquise dans les discours comme dans les comportements.
Il m’a pourtant bien fallu me rendre à l’évidence. Le fameux « plafond de verre (*)» existe toujours. Pour prendre le seul exemple des médias économiques, les femmes y disposent en moyenne d’une minute de parole lorsque les hommes s’en voient offrir 27 ! Un autre chiffre significatif : parmi toutes les entreprises du CAC 40, une seule a nommé une femme à la tête de sa direction financière (Air Liquide, NDLR).
New-CFO : Le constat est accablant mais comment expliquez-vous cette situation et comment y remédier ?
Sylvie Bretones : Nous ne sommes tout simplement pas dans les radars. Par exemple, je m’étais demandée pourquoi mon ancien employeur ne me proposait pas de poste en expatriation. Je me suis aperçue qu’il n’imaginait même pas qu’une famille puisse suivre à l’étranger un cadre… si c’était une femme !
Il ne faut pas imaginer non plus qu’un recruteur, au moment de pourvoir un poste de responsabilité aux finances, se dit formellement qu’il ne veut pas de femme ! Ce qui se passe en revanche, c’est que les CV de femmes ne remontent pas facilement. En donnant du temps de parole aux femmes dans les médias, nous souhaitons rééquilibrer la situation. Il s’agit aussi de fournir des modèles qui permettent une identification, et qui contribuent à la construction de personnalité.
New-CFO : Vous êtes également très impliquée dans l’associatif, notamment auprès d’HEC ?
Sylvie Bretones : Effectivement, je préside le groupement professionnel des financiers d’entreprise de l’association HEC. Je suis également administratrice de la DFCG. Dans ces engagements, je suis attentive à la place occupée par les femmes, car s’il y a 50% de femmes dans les promotions HEC et dans la fonction financière en général, la proportion tombe à 20% lorsqu’on examine la typologie de nos membres. Cela traduit une présence insuffisante dans les réseaux…
New-CFO : Sur le site New-CFO, les spécialistes du management répètent souvent que les cadres doivent respecter leurs propres convictions dans l’exercice de leur mission. Est-ce si facile ?
Sylvie Bretones : Ce qui est certain, c’est qu’il est difficile de tenir longtemps dans un poste en restant éloigné de ses convictions profondes. Je considère qu’être responsable, dans une entreprise, vous confère des devoirs citoyens à assumer. Ils peuvent passer par le plan RSE mais bien souvent, ce plan est géré par le développement durable ou la communication. Au niveau individuel, en revanche, chacun a la possibilité de « déformer » au sens positif du terme, son environnement. Il faut le faire, dans et hors l’entreprise.
New-CFO : C’est un discours très internet, réseaux sociaux et plus généralement, jeune génération ?
Sylvie Bretones : Il ne me semble pas que le clivage joue principalement entre les générations, mais plutôt entre certains très hauts dirigeants et le reste de l’entreprise, cadres supérieurs compris. Internet et les nouveaux outils apportent effectivement plus d’informations, à plus de personnes, et plus de transparence. Les éventuelles contradictions entre le discours et les actes apparaissent ainsi plus clairement. Nous verrons quelles peuvent en être les conséquences. Pour l’instant, une des plus spectaculaires me semblent être le flux de cadres et de jeunes sur-diplômés qui préfèrent s’engager pour des ONG plutôt que dans le monde de l’entreprise.



