Assurer la pérennité de l’entreprise, le premier geste RSE

FJ - 30/11/2011

Jasmin

Oui à la RSE et n’attendons pas les textes pour agir ! Le message de Xavier Duchaine, directeur financier de la société Charabot (*) spécialisée dans les parfums, peut surprendre. Mais il légitime ces dépenses sans ROI et ces bilans supplémentaires à fournir au nom du plus imparable des arguments : le développement durable de l’entreprise.

New-CFO : Pourquoi, alors que le Groupe Charabot ne compte que 250 personnes, vous êtes-vous déjà positionné sur le sujet du RSE, qui ne concerne pour l’instant que « les plus de 500″, et encore, seulement lorsque les lois et les décrets seront enfin finalisés. Rien ne vous y obligeait ?

Xavier Duchaine, Directeur Financier, Société Charabot : Parce que ce n’est pas seulement une question de réglementation à respecter dans le futur. Mon propos, lorsque j’ai été interrogé par la DFCG(**) à l’occasion de la sortie de l’ouvrage collectif « Améliorer la performance de l’entreprise », consistait d’une part à responsabiliser mes confrères directeurs financiers sur le RSE. Et d’autre part, à leur dire ma conviction qu’il ne s’agit pas d’une « punition » réglementaire de plus, mais bien d’un atout supplémentaire pour assurer leur mission de pilotage de la performance.

New-CFO : Et une PME comme Charabot, dans un secteur aussi confidentiel que la parfumerie, a les moyens de tenir et surtout de mettre en oeuvre ce discours?

Xavier Duchaine : Le monde de la parfumerie est particulier et nous oblige depuis longtemps à penser RSE. Une société comme Charabot (80 M€ de CA) réalise la quasi totalité de ses revenus en produisant des matières premières aromatiques à partir de fleurs ou de feuilles, ou en réalisant des parfums – c’est à dire des assemblages de ces matières premières – pour les plus grandes enseignes de la parfumerie mondiale. Nous sommes leader mondial sur la première de ces activités, et dans le top ten pour la seconde, depuis que nous sommes devenus la filiale du groupe Robertet (à 69% NDLR).

Xavier Duchaine

La particularité de notre Groupe vient de notre positionnement d’industriel, entre les agriculteurs qui nous fournissent leurs récoltes, et les grandes marques qui représentent le nec plus ultra du commerce international. Nous avons un rôle pivot : celui d’assurer à ces marques la pérennité et la constance des produits fournis. Or d’une année sur l’autre, la qualité et la productivité d’un champ de roses ou de jasmins peuvent varier dans de grandes proportions. Si l’on ajoute à cela que nous ne nous approvisionnons plus seulement dans notre région d’origine de Grasse, mais aussi en Turquie, en Inde, à Madagascar… Nous devons agir pour que les producteurs de fleurs, partout, aient envie de continuer avec nous et d’améliorer leur production.

New-CFO : C’est très sensé et, pour tout dire, incontestable. Mais est-ce facile d’agir ?

Xavier Duchaine : En Turquie par exemple (forte implantation du groupe ROBERTET), où sévit comme ici la désertification des campagnes, nous disposons de plusieurs leviers. Pour commencer, nous préfinançons les récoltes afin d’éclaircir l’avenir financier de nos producteurs. Mais nous rénovons aussi les conduites d’eaux usées, nous finançons l’école locale, nous faisons de l’information sur les dangers des pesticides, ou encore de la recherche sur la transformation des résidus de distillation en engrais pour les paysans.

New-CFO : Pour un directeur financier, ces dépenses sont-elles justifiées ou justifiables ? Autrement dit, faut-il rechercher un ROI?

Xavier Duchaine : Nous ne sommes pas en train d’acquérir des machines et de calculer un amortissement. Il faut accepter qu’il n’y ait pas de ROI. Et il n’y a pas que dans ce domaine que l’on doit changer de point de vue. Par exemple, nos partenaires banquiers s’inquiètent régulièrement de ce que nous ne réalisions pas de placements financiers. Mais dans notre univers, le placement, c’est la matière première, le stock de produits. Sa valeur actuelle est quasiment équivalente à notre en-cours clients.

Il reste qu’en temps de crise, le discours sur le RSE et les dépenses associées aura évidemment plus de difficultés à convaincre les directions générales. Sauf que assurer la pérennité de son entreprise, son développement durable d’une certaine façon, c’est justement la première des règles du RSE. Il n’y a donc pas tant de contradictions entre l’urgence du moment et la mise en place d’une politique RSE.

New-CFO : L’option réglementaire prise par les états n’est-elle pas contre-productive, avec un sentiment de coercition parmi les DAF, qui vont devoir ajouter de nouvelles pages à leurs bilans et surveiller de nombreux indicateurs – dont tous ne sont d’ailleurs pas encore connus ?

Xavier Duchaine : Il ne faut pas exagérer. Les données pour remplir ces futurs bilans, nous les possédons la plupart du temps. En revanche, il faut absolument que le cadre réglementaire offre une certaine souplesse. Nous n’avons pas les mêmes indicateurs pertinents, ici chez Charabot, que chez IBM par exemple. Nous devons pouvoir utiliser les plus intéressants dans notre activité, et pour cela, il serait intelligent que les syndicats professionnels soient associés aux discussions actuelles sur le futur texte !

New-CFO : A vous entendre, les messages, parfois contradictoires, sur ce thème du RSE, ne sont pas près de disparaître ?

Xavier Duchaine : A part les discours extrémistes, qui ne servent même pas la cause prétendument défendue, je pense qu’il y a un consensus général sur la nécessité de mettre en place ces mécanismes RSE. Il me parait ainsi tout à fait évident qu’un jour prochain, une entreprise de 250 personnes comme la nôtre sera concernée par les textes. Mais la logique veut aussi qu’elle n’attende pas pour agir. Tout cela me rappelle beaucoup, au fond, le mouvement vers l’assurance qualité au début des années 90. Il y a eu une phase de compréhension des enjeux et des méthodes, quelques ayatollahs à calmer, et finalement, une évidence qui a fini par s’imposer.

(*) www.charabot.com

(**) http://www.dfcg.tv/2011/11/quel-role-doit-jouer-le-financier-dentreprise-dans-ladoption-dune-demarche-rse/






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