« Investir malgré la crise : compter sur ses actionnaires plus que sur ses banquiers. »

FJ - 23/02/2011

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Pour Christophe Cannard, contrôleur de gestion de la PME grenobloise Minitubes, les périodes de tension économique ne doivent pas arrêter les dépenses d’investissement. Il faut en revanche les prioriser, et sécuriser au maximum le développement de l’entreprise et sa compétitivité. Des décisions de logique industrielle, totalement assumées par les actionnaires mais pas toujours par les banquiers…

New-CFO : C’est une constante des temps de crise, les gourous de l’économie rappellent alors sans relâche aux entreprises qu’elles doivent continuer d’investir pour préparer l’avenir. Soit, mais comment fait-on concrètement pour suivre ces conseils de bon sens ?

Christophe Cannard : Dans une entreprise industrielle comme Minitubes (*), le budget d’investissement est prévu annuellement dans une fourchette qui va de 2 
à 5 % du Chiffre d’Affaires. Les calculs de la Direction Financière s’appuient sur l’anticipation du coût des principaux projets, mais nous n’entrons pas dans le détail de la ventilation a priori.

Quand des difficultés surviennent, et ce fut le cas pour nous à partir d’avril 2009, il faut décider ce que l’on doit stopper, et ce qui représente un enjeu suffisamment important pour la compétitivité de l’entreprise. Typiquement, nous avons choisi ces derniers mois de surseoir au remplacement de certains serveurs informatiques dans les services administratifs, mais en revanche avons continué le déploiement de postes dans les ateliers, car nous savions que cela aurait un impact positif direct sur la productivité.

Une PME comme la notre peut se prévaloir d’une véritable culture de l’investissement, appuyée sur une stabilité de l’actionnariat. Une entreprise grenobloise créée en 1917 ne devient pas leader en Europe sans prendre régulièrement des risques pour ouvrir de nouveaux marchés et développer de nouveaux produits, ce qui signifie souvent acheter ou réaliser de nouvelles machines. Là encore, le contrepoids à ces prises de risque peut consister, dans les périodes tendues, à jouer la carte de la maintenance prolongée pour les machines de production plus anciennes, plutôt que de les changer.

New-CFO : Comment se prennent les décisions, de poursuite ou d’arrêt d’un investissement ? Et comment sont-elles présentées aux acteurs de l’entreprise ?

Christophe Cannard : Les décisions reposent sur l’analyse de ce qui va permettre de poursuivre le développement de l’entreprise sur de nouveaux marchés, ou de renforcer sa productivité. C’est véritablement le nerf de la guerre pour nous, et les choix sont plutôt bien admis, au prix d’une communication claire bien sûr. Entre autre parce que l’ensemble du personnel, depuis le cadre jusqu’à l’ouvrier, sait discerner un investissement qui sécurisera l’emploi, d’une dépense reportable.

New-CFO : Investir, cela signifie souvent aller voir son banquier. Comment réagit-il, ce partenaire indispensable, à une sollicitation en temps de crise ?

Christophe Cannard : Nous avons tendance à considérer, chez Minitubes, qu’un projet d’investissement valable doit susciter l’intérêt de notre banquier. A nous de lui démontrer le bon sens de notre démarche, et à lui de se comporter en vrai partenaire en nous proposant des solutions financières pertinentes. Ceci est plutôt vrai quand tout va bien… et un peu moins ces derniers mois, où nous avions pourtant davantage besoin de soulager notre trésorerie.

La période nous aura au moins montré les limites de ces partenariats, ainsi que le poids relatif de nos priorités stratégiques par rapport à celles des banquiers qui n’étaient pas enclins à prendre des risques à ce moment-là.

New-CFO : On peut tout de même se demander s’il est si légitime de tant se préoccuper des investissements, qui représentent une part infime du CA, surtout en temps de crise ? N’y a t-il pas, justement, d’autres priorités ?

Christophe Cannard : Le véritable enjeu, c’est de ne pas se tromper. Il y a, beaucoup plus souvent qu’on le dit, des investissements peu rentables. En revanche, les plus judicieux rapportent vraiment beaucoup et amènent une véritable dynamique dans l’entreprise. Ils constituent donc la base des rentabilités futures. Les Directeurs Financiers le savent bien, et c’est pour cela qu’ils se montrent si soucieux de pouvoir continuer à investir.

(*) Minitubes est une PME grenobloise qui emploie 230 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros, dont 60% à l’export. Cette entreprise métallurgique est leader européen de son secteur – les petits tubes métalliques de haute précision, ainsi que les composants et assemblages tubulaires – avec une forte présence dans les secteurs médical, aéronautique et électronique.






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