« Il n’y a pas que des reproches à adresser aux banques »

FJ - 08/02/2012

Boutique Jeff de Bruges

Qui aime bien châtie bien ? François Surbled, le CFO du chocolatier Jeff de Bruges, ne se prive pas en tout cas d’adresser une liste de griefs à ses (nombreux) partenaires banquiers, dont leurs lourdeurs administratives et leur gestion calamiteuse du passage à SEPA. Mais il porte à leur crédit des progrès sensibles dans la diversification des services. Et considère que les entreprises doivent faire l’effort de mieux comprendre leur logique si elles veulent profiter de ces services…

New-CFO : Les banquiers sont accusés de tous les maux ces temps-ci par les dirigeants d’entreprise. Cela vous paraît mérité ?

François Surbled, CFO de Jeff de Bruges : Il y a des reproches à faire aux banques, c’est exact. Mais il faut aussi reconnaître qu’elles ont fait des progrès et que nos entreprises ne peuvent pas se prétendre mal servies.

Une bonne partie des griefs porte sur la lenteur des services et les lourdeurs administratives. Les retards les plus spectaculaires concernent les délais d’attente d’une réponse lors d’une demande de financement. Chez Jeff de Bruges (*), nous avons des franchisés qui sont souvent demandeurs de crédits court ou long terme, de leasing ou de financement de couverture. Le délai de réponse est trop important, surtout pour les refus, qui sont rarement signifiés, alors que l’exploitation nécessite des réponses urgentes. Ce n’est pas possible de perdre autant de temps à attendre un avis.

Côté administratif, ce n’est pas mieux. Nous avons dans le groupe pris l’habitude de travailler avec les banques disposant d’agences au plus près de nos magasins, pour des questions de sécurité lors des transports de fonds. Ce qui fait que nous avons une bonne dizaine de banques comme partenaires, plus encore si l’on tient compte des caisses régionales. Avec des comptes principaux et une centaine de comptes secondaires. Alors que nous avons besoin de comptes de centralisation d’échelle d’intérêts, avec plusieurs banques, notamment celles ayant une structure historique régionale, il est impossible de regrouper l’ensemble des comptes. Et mieux vaut ne pas espérer une prise en compte de la notion de groupe.

Certaines procédures ne sont pas adaptées : songez que récemment, une banque m’a demandée une copie d’une pièce d’identité de mon épouse pour compléter une demande concernant l’entreprise dont je suis le CFO… Comme si j’ouvrais un compte de particulier !

Enfin, il y a des pertes de temps avec les demandes redondantes de documents statutaires, alors que des liaisons automatisées avec les greffes où sont déposées les liasses accéléreraient le processus en le simplifiant.

New-CFO : A propos d’automatisation des échanges, comment se déroule votre passage à SEPA et à EBICS ?

François Surbled : Il y a eu une bonne information initiale du passage à l’EBICS, mais de grandes disparités de traitement dans le déroulé effectif. Certaines banques ont été prêtes 6 mois plus tôt que d’autres. Dans l’une, nous n’avons eu à signer qu’un simple avenant à votre contrat initial. Dans une autre, autant de documents que de comptes… soit plusieurs dizaines de pages documents.

Sur le plan technique, la même banque est capable du meilleur comme du pire. Certains projets sont menés très rapidement, et plutôt bien, par exemple concernant les nouveaux virements SEPA. Et quelques mois plus tard un autre chantier, par exemple celui du cryptage des virements,  s’avère une catastrophe, avec un support client aux abonnés absents, etc.

Finalement, chaque banque agit en fonction de ses intérêts et de son calendrier idéal. Tout cela est d’autant plus dommage que je suis, comme de nombreux CFO, très favorable à SEPA.

New-CFO : Comment faire preuve de compréhension à l’égard des banques dans ces conditions ?

François Surbled

François Surbled

François Surbled : J’ai des amis banquiers. Ce qui fait peut-être que j’accepte plus facilement de considérer leur point de vue. Je respecte ainsi leur logique de vente de services et je comprends qu’elles se couvrent mutuellement pour se prémunir des risques. Même si, à propos d’offre de services, je me demande pourquoi les banques françaises sont les seules à ne pas proposer des comptes rémunérés à leur clientèle d’entreprises…

De mon côté, je n’hésite pas à les mettre en concurrence. Je note d’ailleurs que les banques jouent plutôt bien ce jeu, nouveau pour elles. Et je m’efforce de faire travailler tous mes partenaires au prorata des services qu’ils nous rendent, car nous savons très bien que la manipulation des espèces et des chèques n’est pas une affaire rentable pour les banques.

Le Groupe Jeff de Bruges a la chance d’être en bonne santé financièrement, ce qui se traduit par des appels plutôt rares au financement. Ce sont plutôt les banques qui ont envie de nous rencontrer… Ce n’est pas la même situation chez nos franchisés. Dans ces petites structures, il y a beaucoup à faire pour bonifier la relation avec les banquiers. De part et d’autre !

New-CFO : A quels genres d’efforts pensez-vous ?

François Surbled : Il faudrait d’abord que les banquiers connaissent un peu mieux le monde de l’entreprise. Vous le savez sans doute mais la formation des conseillers ne prévoit pas vraiment d’immersion sur ce terrain-là. Ils font des études théoriques, très orientées sur les aspects financiers. Mais ne savent pas appréhender les métiers de leurs clientèle d’entreprise et interpréter correctement un bilan, surtout s’il a été « enjolivé » avec d’astucieuses provisions. Les fréquents remplacements de nos interlocuteurs, souvent tous les 2 ans, n’arrangent rien dans ces relations banques-entreprises.

Les franchisés, de leur côté, doivent faire des efforts d’anticipation sur l’évolution de leur situation. Le chocolat est une activité très saisonnière, qui se porte d’ailleurs très bien depuis plusieurs exercices. Nous avons une activité très cyclique, mais assez prévisible. Avec un plan de trésorerie prévisionnel un dossier, pour un crédit de campagne par exemple (**), sera mieux perçu par le banquier.

Entre confrères, financiers en entreprise, nous échangeons souvent et nous rendons des services. En dialoguant, notamment avec de plus petites sociétés, je suis confronté à des attitudes négatives des banques que je ne connais pas avec Jeff de Bruges. Cette immersion est intéressante. Car finalement, face à des banques qui offrent aujourd’hui des qualités de service et des outils très différents, il est du devoir du CFO de se tenir informé de tous les modes de raisonnement de ses partenaires. Pour en profiter au mieux.

(*) Jeff de Bruges compte 65 magasins en propre et 235 en franchise
(**) Un crédit de campagne sert à financer les stocks nés du caractère saisonnier de l’activité de certaines entreprises (source Vernimmen)

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