Vous souvenez-vous des échanges interminables de fond de court lors de certains matchs des années 70 ? Et de l’époque pas si lointaine où le rôle du DAF semblait se cantonner à la préservation du cash et à la maîtrise du BFR ? Dans les deux cas, le passage à l’offensive, le sens de l’anticipation et l’envie de conquête n’étaient pas considérés à leur juste place : la première ! Aujourd’hui, DAF et joueur de tennis doivent faire preuve, chacun dans son domaine, du même esprit offensif.
Par David Brunat *
Pensez-vous « finance » lorsque vous prononcez le mot « tennis » ? A l’inverse, songez-vous à la balle jaune aussitôt que vous entendez parler de reporting, d’IFRS ou de capital circulant ? A l’évidence, non. Quoi de commun, estimerez-vous à bon droit, entre le monde récréatif et un peu enfantin de la raquette et celui, infiniment moins ludique, qui forme votre quotidien professionnel ? Et pourtant …
Est-ce pur hasard si le premier sponsor mondial du tennis est une banque (française de surcroît) ? Sans doute pas. Il existe entre ces deux univers bien plus d’analogies et de correspondances que vous ne l’imaginez vraisemblablement.
D’abord parce que, à l’instar des marchés financiers, le circuit du tennis professionnel est mondial. Les pros passent d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, ils se produisent et s’investissent partout où existent des marchés. Leurs marchés à eux s’appellent des tournois, dont les plus prestigieux mobilisent au demeurant de très importants flux d’argent qui exigent le recours à des experts administratifs et financiers très pointus. Le circuit sportif est planétaire comme l’est le système financier, avec ses circuits mondialisés et ses allocations de ressources extrêmement mobiles.
La pratique d’un sport comme le tennis et l’exercice d’une responsabilité de DAF réclament certaines qualités communes. J’ai nommé l’anticipation et l’esprit offensif. Il y en a d’autres. Une bonne appréciation des risques et une couverture adéquate qui conduit à évaluer la situation d’ensemble, valoriser ses actifs stratégiques, ne pas « surjouer » ni surinvestir dans une activité ou une filière improductive, etc. Le respect scrupuleux des règles et d’une instance d’arbitrage. L’aptitude à partager l’information (comme le fait le tennisman avec son coach ou son partenaire de double) et à la retraiter efficacement. La capacité à saisir les opportunités qui se présentent, soit pour gagner des points et des matchs, soit pour créer de la valeur et conquérir des parts de marché. En bon français, l’art de saisir la balle au bond.
A quelques jours de Roland-Garros, les DAF peuvent s’inspirer de l’exemple des champions qui évoluent sur la terre rouge et ultra-compétitive du plus grand tournoi de « brique pilée » au monde. Pas seulement pour le décompte des points au cours d’une partie, pour les stocks de balles ou pour l’approche comptable de « l’amortissement » des raquettes. Mais aussi, mais surtout, pour la façon dont les virtuoses de la raquette savent faire montre d’un sens aigu de la prise de risque, aussi calculée et maîtrisée que possible, … et pour l’art avec lequel les meilleurs d’entre eux pilotent et conduisent le changement à leur profit.
* David Brunat est consultant en communication et écrivain. Ancien membre de cabinet ministériel et directeur de cabinet du président de l’Ordre national des Experts-Comptables, il a fondé en 2009 la société OR & H Conseil, spécialisée dans la communication d’influence. Dernier ouvrage paru : « Les miscellanées du tennis » (Fetjaine-La Martinière).




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