Ah, la fameuse « prime » versée aux salariés… On peut lui reprocher bien des choses. Sa soudaineté, l’absence de concertation, les modalités retenues, son coût… Elle a cependant un grand mérite, celui de nous rappeler la condition de bien des managers : pris en tenaille entre les actionnaires et les salariés. Sous pression permanente.
J’observais ces dernières semaines les péripéties du groupe Carrefour. Ecartelé entre les investisseurs qui réclament un virage stratégique… pourtant sanctionné en Bourse, et des salariés en plein conflit social, les dirigeants sont condamnés au grand écart. A t-on encore l’esprit lucide dans ces conditions ?
Beaucoup de nos managers, dans des entreprises de taille bien moindre, connaissent eux aussi ces grands moments de solitude. A servir de « go between », de modérateur, on a vite fait de perdre pied, voire de « diriger » avec la peur au ventre.
Le vrai message de ce nouveau débat mal ficelé ne serait-il pas : comment réconcilier actionnaires et salariés ? Quel dispositif mettre en place pour que le profit ne soit plus considéré comme suspect, mais comme positif pour tous ?
« Salariés, fonds d’investissement, même combat »… voilà une banderole que nous ne sommes pas prêts de voir. Il n’empêche : en recréant chez les salariés un sentiment d’appartenance à l’entreprise et d’appropriation de ses richesses, le manager retrouverait de la cohérence dans son discours, une certaine sérénité… et du temps pour construire les succès de demain.



