Pourquoi si peu de CFOs deviennent CEOs ?

LL - 17/06/2010

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Le limogeage public de Gordon Brown, l’ancien Premier
 ministre, symbolise le dilemme auquel sont confrontés les CFOs qui visent le 
plus haut poste. Sont-ils vraiment à la hauteur ? Est-ce que les compétences qui
 font la réussite d’un CFO sont celles d’un futur CEO ? Doivent-ils tenter de
viser le sommet ou se contenter d’être les serviteurs du département financier
 et demeurer numéro deux après le CEO ?

Russell Reynolds, le cabinet de recrutement, précise que l’an 
dernier même si seulement 14% des CEOs des « Fortune 500″ ont été CFOs, le
 pourcentage devrait augmenter : «Nous sommes de plus en plus interrogés par les
 conseils d’administration afin de trouver des CFOs qui soient capables de 
succéder au CEO.  » Pourtant, dans les conversations que j’ai eu avec les
 administrateurs en Europe et aux États-Unis, ceci semble être l’exception plutôt 
que la règle.

La hausse du nombre de CFOs accédant à la plus haute fonction
 reste encore controversée. Un article sur le sujet dans « McKinsey on Finance« , à 
l’automne 2006, dont les grandes conclusions sont toujours d’actualité,
 a précisé : « Dans notre sondage informel, pour chaque répondant qui croyait
 fermement que les CFOs seraient de bons CEOs les autres étaient farouchement
 opposés à cette idée. »

En fait, aucun des 20 meilleurs CEOs dans la récente liste 
 »Les CEOs les plus performants du monde » de la Harvard Business Review n’a été 
CFO. Il vous faut atteindre le numéro 24 (John Wilder de TXU) pour trouver un
 CEO qui avait précédemment servi en qualité de CFO (quoique dans une autre 
société).

Le principal obstacle du CFO à la fonction « suprême » demeure
 que lui ou elle n’a pas l’ensemble des compétences ou les caractéristiques
 requises pour le poste visé. Parlant en privé, un président d’une banque 
américaine m’a indiqué que lorsque les compagnies ont besoin « de solutions 
créatives, d’approches marketing, de décisions pour ajouter ou abandonner des 
lignes de produits ou de réaliser des acquisitions, de nombreux CFOs ne seraient 
pas à la hauteur ».

Luke Johnson a révélé ses propres critères de sélection dans
 un récent article :  » Je préfère travailler avec quelqu’un de foncièrement 
conservateur. Les CFOs têtus sont dangereux. Le leader d’une entreprise se doit
 d’être un optimiste orienté-ventes. Mais chaque entreprise a aussi besoin de la
 présence d’une personne, auprès du top management, pour s’inquiéter de la
 baisse. »

Toutefois, des études récentes, dont celle de Spencer Stuart, 
le cabinet de recrutement, ont suggéré que le rôle du CFO s’étend plus loin que 
le traditionnel cadre de la finance et de la comptabilité et exige davantage
 d’implication dans la stratégie et les opérations. Un CEO d’une société leader
 en Europe, qui était lui-même auparavant CFO a commenté: « Si un CFO peut
 s’engager dans des opérations, améliorer les résultats et traiter avec des
 tiers, alors il pourra devenir CEO. »

En effet, Kate O’Sullivan, rédacteur en chef du CFO magazine,
 a récemment déclaré que les CFOs sont désormais bien placés pour accéder au « top 
job » parce que « comme les budgets et les prévisions ont été révisés à plusieurs 
reprises, les CFOs ont généralement passé plus de temps avec les chefs de
 département et d’autres dirigeants fonctionnelles que la plupart des autres
 cadres, ce qui leur donne, à ce titre, une vue globale des 
opérations ».

Kate O’Sullivan a également noté que les attentes liées au
 rôle d’un CEO ont aussi évoluées : «La récession et la crise du crédit ont
 également transformé le rôle du CEO en exigeant davantage de savoir-faire lié
 notamment à la gestion financière – en particulier, la capacité à gérer la 
liquidité. »

Même l’étude McKinsey a trouvé des circonstances particulières
 dans lesquelles les CFOs peuvent être de bons CEOs : lorsque l’entreprise a
 besoin de mettre l’accent sur la ré-ingénierie financière, comme lors d’un tour
 de table, dans un environnement post-opération, ou suite à la démission soudaine 
du CEO. Dans certaines compagnies les chiffres sont le seul language commun
 unissant l’organisation. Dans le pays des semi-analphabètes financiers le 
 »dévoreur de chiffres » (numbers-cruncher) peut être roi.

Malgré cela, les conseils d’administration semblent en grand
 nombre peu convaincus. Les responsables de conseils d’administration européens
 qui se sont récemment réunis à Barcelone ont déclaré avoir également prévu que 
le CFO soit un solide numéro deux et agisse comme « un contrepoids du CEO ». 
Faisant inconsciemment écho, M. Johnson, un président de comité a commenté : « Il
 y a des pressions sur le CEO pour réaliser, par exemple, des
 acquisitions. Dans ce cas vous avez besoin d’avoir quelqu’un qui soit l’égal
 intellectuel du CEO afin de réaliser un équilibre… Dans
 notre compagnie, cette fonction fait partie de la 
description du poste de CFO et ce dernier est personnellement incité à faire
 face au CEO.  »

Le directeur d’un conseil d’administration américain a même 
fait remarquer que, « Le rôle du CFO est celui d’une bonne « conscience » – 
quelqu’un qui peut attirer le CEO vers lui et lui parler ». Agissant comme un
 contrepoids à la conscience du CEO sans pour cela avoir lui-même la
 qualification d’un CEO.

Si les CFOs doivent viser le poste de CEO, il semble
 évident qu’ils pourraient peut-être viser encore plus haut. Si les CFOs sont 
reconnus pour être un contrepoids au CEO alors peut-être peuvent-ils jouer un 
rôle similaire en tant que Président (chairman).

Mark Freebairn, un partenaire au cabinet d’Executive Search
 Odgers Berndtson, a récemment été cité dans un article sur le plafonnement 
hierarchique des directeurs financiers : « Avec les conseils d’administration,
 sous la pression d’éviter la prise de risque, les directeurs financiers sont les 
plus aptes à assumer le rôle de Président. « M. Freebairn cita l’exemple de Sir
 Philip Hampton, le nouveau président de RBS.

M. Brown a des décennies devant lui pour réfléchir à ce qui
 s’est mal passé quand il est arrivé à la plus haute fonction. L’étude de
 McKinsey a des réponses : les sondés ont fait remarquer que «les CFOs sont 
souvent sans compétences en leadership, motivent et inspirent faiblement les 
équipes, et ont une propension à conserver le contrôle plutôt que de
 déléguer. »

George Osborne devrait y prêter attention.

Par Anthony Goodman
L’auteur est un associé de TAPESTRY Networks
leadingview@tapestrynetworks.com
Article traduit en français par CFO-news et publié avec
 l’aimable autorisation du Financial Times et de son auteur.






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