Les Directions Financières voient depuis des années grandir leurs responsabilités en matière de publication de données sur l’entreprise. Leurs tourments croissent autant que leurs prérogatives, tant cette tâche chronophage exige de la précision et des contrôles. Fort heureusement, de nouvelles solutions, dites de « disclosure management » font leur apparition. Frédéric Chartier, directeur Enterprise Performance Management (EPM) chez Business & Decision, nous les présente.
New-CFO : Les directions financières et contrôle de gestion ont-elles vraiment un souci avec la communication des données financières de l’entreprise ?
Frédéric Chartier : Absolument. D’abord parce que les régulateurs ont mis ces dernières années la pression sur la qualité des données fournies, et aussi sur leur fréquence. Une entreprise cotée en Bourse peut ainsi se retrouver avec des publications semestrielles à fournir dans des délais très courts après la clôture des comptes.
Ensuite, parce que le périmètre de cette communication s’est considérablement élargi. Désormais, la Direction Financière est attendue sur le pilotage et la mesure de la performance. Attendue à la fois par sa Direction Générale, par ses actionnaires, par les agences de notations et les sociétés d’étude qui suivent son secteur d’activité et qui souhaitent l’inscrire dans leurs benchmarks.
Tout n’est pas obligatoire. Et tout n’est pas directement du ressort du CFO. Sauf que, pour des raisons de sécurité, le comité exécutif décrète bien souvent qu’aucune donnée chiffrée ne sortira de l’entreprise sans être contrôlée et validée par la DAF. Et c’est ainsi par exemple que celle-ci se retrouve en première ligne pour avec le rapport RSE (responsabilité sociale/sociétale des entreprises), qui va bientôt concerner toutes les entreprises de plus de 500 salariés.
New-CFO : Vous évoquez une mission chronophage… A quelle hauteur ?
Frédéric Chartier : Nous avons pu vérifier chez certains de nos clients que la publication des rapports de synthèse des comptes semestriels ou trimestriels consommait entre 10 et 20 jours/hommes. Sans oublier les contraintes de délais très serrés.
New-CFO : Mais heureusement, l’informatique vient une nouvelle fois à la rescousse des financiers ! Cette fois, pour nous proposer le « disclosure management ». De quoi s’agit-il ?
Frédéric Chartier : Nous parlons, pour être très précis, du pilotage et de l’automatisation de la production des états financiers, donc notamment de leur processus de publication et de communication, quel que soit le média : papier, pdf, on line. Les anglo-saxons, comme d’habitude, font plus court ! Il n’existe pas encore à ma connaissance de traduction satisfaisante du disclosure management en français. Dans la littérature consacrée au sujet, on trouve aussi des références aux « derniers kilomètres » (last miles) de la publication des rapports et états financiers.
Concrètement, ces solutions proposent un workflow, pour permettre à tous les acteurs de la communication – les émetteurs d’information comme les contrôleurs et valideurs – de s’acquitter de leurs tâches. Il existe également un référentiel, qui décrit les données clés de l’entreprise. Tous les documents publiés sont ensuite liés à ces données de référence. Ce qui permet de rafraîchir fort simplement ces documents avec la dernière version d’une donnée.
New-CFO : Les données en question sont-elles normalisées, de façon à permettre aux directions financières de se concentrer uniquement sur leur alimentation ?
Frédéric Chartier : Pas encore… de ce côté-ci de l’Atlantique. Aux USA, les autorités boursières de la SEC ont imposé cette façon de produire et de contrôler la communication financière. Un travail en profondeur a donc eu lieu entre les différents acteurs, qui a permis d’établir une taxonomie de plus de 16,000 indicateurs. Une norme technique, la nomenclature XBRL (eXtensible Business Reporting Language), a également vu le jour pour encadrer les échanges de fichiers entre les solutions des entreprises et les autorités boursières.
En Europe, et en particulier dans les pays latins, ce travail de standardisation reste à faire. Ce qui n’empêche aucunement de commencer des projets, tant il est vrai que le véritable enjeu reste d’harmoniser des processus encore très largement artisanaux.
New-CFO : Auprès de vos premiers clients, avez-vous détecté des points qui requièrent une attention particulière ?
Frédéric Chartier : Nous pouvons déjà constater que les entreprises préfèrent commencer par des projets sur des périmètres réduits, de façon à se garantir des retours rapides et gagnants avant d’envisager une généralisation. De fait, ces premières réalisations ne prennent pas plus de 100 jours. Les calculs de ROI intègrent naturellement les jours/hommes économisés par la suite, mais aussi la diminution des risques d’erreurs.
L’attention doit porter sur la mobilisation des collaborateurs des services de communication financière, qui se sont montés en général voici une dizaine d’années. On y trouve des collaborateurs pas forcément à l’aise avec les outils informatiques. Il faut vraiment les impliquer et leur expliquer que leur emploi n’est pas menacé, mais au contraire valorisé. En effet, le temps récupéré sur ces tâches de contrôles, pas forcément à forte valeur ajoutée, va pouvoir être affecté par exemple à l’amélioration sur le fond des contenus des documents.
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