Former les DAF aux systèmes d’informations, pour qu’ils en fassent un meilleur usage comme utilisateurs et qu’ils puissent soutenir un échange constructif avec leur DSI. Une belle idée, encore peu concrétisée dans les cursus des écoles de commerces en dehors de certains masters. Chez les futurs experts-comptables, en revanche, le module spécialisé existe bel et bien depuis 3 ans. Alain Burlaud, Professeur au Cnam, a participé à la redéfinition du contenu du DECS devenu DSCG. Il nous explique pourquoi il ne faut tout de même pas vouloir transformer les financiers en développeurs !
New-CFO : Depuis septembre 2007, les futurs titulaires du DSCG, qui deviendront ensuite experts-comptables, contrôleurs de gestion ou DAF, doivent suivre des cours de management des systèmes d’information. Enfin ?
Alain Burlaud : Le DSCG et son module 5 auquel vous faites référence, sont effectivement récents. Les premières promotions sont sorties fin 2008, après avoir suivi 140 heures de cours de management des systèmes d’information couvrant des domaines assez variés : la gouvernance du SI, la gestion de projet, les progiciels de gestion intégrés, la gestion de la performance informatique, la sécurité et enfin l’audit. Nous voyons qu’il y a des cours plutôt destinés à l’utilisateur que sera le financier, d’autres qui sont tournés vers les activités de contrôle, d’autres enfin dans un registre plus managérial et stratégique. Cet enseignement, tant en volume qu’en coefficient aux examens, est traité à égalité avec les six autres modules – à l’exception de la comptabilité et droit qui disposent de 180 heures.
New-CFO : Mais est-ce bien suffisant quand on considère la somme des interactions potentielles entre un DAF et un DSI, surtout s’il existe entre eux un lien hiérarchique ?
Alain Burlaud : C’est un point qui a été largement débattu par les quelques 70 spécialistes dont je faisais partie (*) et qui ont réfléchi à la réforme de l’ancien DECS devenu DSCG. Dans le monde des experts comptables, l’organisation mondiale IFAC (**) a publié une véritable norme de ce que devrait être la formation de ces professionnels. Le management du système d’information y figure en très bonne place. En France, nous en avons fait une interprétation a minima dans le programme du DSCG. Et si vous regardez les enseignements dispensés par exemple dans les écoles de commerce, vous verrez qu’il y a encore moins de place pour le sujet, du moins avant les masters.
New-CFO : Et pourquoi donc ? N’est-ce pas fondamental pour un DAF de maîtriser le sujet des systèmes d’informations, aussi bien comme utilisateur que comme responsable hiérarchique, de plus en plus souvent, de la DSI ?
Alain Burlaud : D’abord, il faut rappeler que nous partions de quasiment rien. Nous avons donc progressé ! Ensuite, surtout même, nous faisons face à une véritable pénurie d’enseignants. A l’Intec par exemple, nous avons chaque année 300 formateurs extérieurs à recruter et ceux pour ces modules informatiques sont les plus difficiles à trouver. Il nous faudrait plus de professionnels aguerris sur le terrain pour transmettre leur expérience. Car les cours théoriques ne suffisent pas.
Sur le fond de votre question, à savoir si les 140 heures suffisent, il est trop tôt pour se prononcer. Notons qu’il s’agit d’un approfondissement s’ajoutant à un programme de 210 heures en premier cycle (DCG). Mais il ne faut pas se tromper non plus d’objectifs. Le DAF ne sera jamais et ne veut pas d’ailleurs être un virtuose de l’informatique. Son rôle reste celui d’un chef d’orchestre : il a besoin d’un soliste à l’informatique, comme il en a besoin d’un autre pour les questions fiscales, etc. Le bon niveau de formation est donc celui qui lui permettra de tirer parti de ces compétences.
New-CFO : Avez-vous le sentiment que cette formation aux systèmes d’information répond à une attente des étudiants, et donc des futurs professionnels de la gestion ou de la finance ?
Alain Burlaud : Honnêtement pas vraiment. Il y a ceux qui arrivent dans le cursus avec un background d’ingénieur, et qui n’en ont pas besoin. Et ceux qui ne s’imaginent pour l’instant que comme utilisateurs des systèmes informatiques, pour lequel une partie du cursus est prématurée. Ce n’est que lorsqu’ils seront confrontés, dans leur future entreprise, à des situations d’asymétrie de l’information avec leur DSI, qu’ils en retireront le sel.
New-CFO : Et dans ce cas, vous leur conseillez de revenir vers vous ou d’autres cursus, en formation continue ?
Alain Burlaud : Quelques très grandes entreprises, qui ont des effectifs importants dans leurs directions financières, nous demandent parfois des mises à niveau en mode « intra ». Mais si un DAF veut résoudre ce problème de distorsion de compétences avec son spécialiste de l’informatique, il peut déjà pour commencer, s’appuyer sur un tiers, un assistant à maître d’ouvrage qui pourra venir de l’extérieur ou même être institutionnalisé en interne. C’est important, de toute façon, de remettre en cause la parole de l’expert, fut-il un collègue ou un collaborateur. Cela évite bien des bêtises. Renault peut nous en parler non ?
(*) Alain Burlaud, diplômé d’expertise comptable, docteur ès sciences de gestion, a travaillé au sein d’un cabinet international d’audit avant de devenir Professeur titulaire de la chaire de comptabilité et contrôle de gestion du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) et professeur affilié à l’ESCP. Il dirige aujourd’hui cette chaire et a également dirigé l’Intec qui forme plus de 20000 professionnels de la comptabilité par an.
(**) International Federation of Accountants



