Banques et PME : la clarté pour (re)trouver un partenariat équilibré

FJ - 01/02/2012

les relations banques PME à la recherche d'un nouvel équilibre

Des PME qui se sentent incomprises. Des banques qui se savent mal-aimées. Les incompréhensions ont la vie dure entre les deux « partenaires », alors que se profile une nouvelle crise du financement. Pourtant, le CFO a besoin de son banquier. Pour avancer, conseillent deux experts de l’éditeur Sage, Yvan Landrieux et Norbert Jamet (*), une étape de clarification et d’optimisation de la relation bancaire est indispensable côté entreprises. Et si les établissements financiers pouvaient, de leur côté, faire cesser la cacophonie sur SEPA ou EBICS…

« 30 à 40% seulement des PME sont équipées de solutions logicielles leur permettant, tout simplement, d’automatiser les envois d’ordres ou de récupérer leurs relevés de compte ». Pour les deux experts, ce chiffre est presque une hérésie. Et explique bien des difficultés dans le dialogue pourtant si nécessaire entre les banques et les entreprises.

Car ces outils plutôt basiques sont indispensables pour que la direction financière dispose d’une vision claire de sa trésorerie. D’abord en temps réel. Ensuite pour l’anticiper. Avant d’aller éventuellement solliciter un financement. Et d’éviter ainsi d’essuyer un refus certes crispant, mais logique en des temps où la prise de risques n’est pas à la mode.

« Les plus grandes entreprises, en particulier celles qui disposent d’un département trésorerie, se sont équipées bien avant l’avènement des nouveaux formats européens SEPA – Single European Payment Area, c’est à dire l’homogénéisation des moyens de paiement dans l’Union Européenne –ou encore du nouveau protocole de communication bancaire EBICS– nouveau protocole d’échanges basé sur IP et remplaçant l’ancêtre ETEBAC. Mais ensuite, l’effet de capillarité n’a pas joué vers les structures plus petites ». Pire, la communication des banques ou des législateurs européens sur des thèmes aussi importants que SEPA et son corollaire technique EBICS a souffert d’un réel manque de clarté et de lisibilité pour encourager une adoption massive.

Il y a certes eu un calendrier initial, proposé par le CFONB. « Mais très vite, les intérêts des banques françaises ont divergé, selon leur stratégie dans les différents pays européens. Leurs réponses techniques sont arrivées en ordre dispersé ». Pour des PME qui ne souhaitent pas essuyer les plâtres technologiques, et qui avaient autant de calendriers et d’outils à prendre en compte qu’elles comptaient de banquiers, l’urgence était donc d’attendre. Et voilà comment une réforme salutaire comme le SEPA, sensée faire baisser les coûts des opérations bancaires pour les entreprises, s’est transformée en véritable chemin de croix. Aux dernières nouvelles, et après que l’arrêt d’ETEBAC ait été repoussé d’un an à l’automne dernier – faute d’un nombre suffisant d’entreprises connectées à EBICS -, c’est la mise en œuvre complète de SEPA qui vient d’être repoussée jusqu’en 2014.

Norbert Jamet

Malgré tout, les PME ont besoin des banquiers et ont intérêt à comprendre leur logique, même si leur attitude pendant les crises, en matière de financement, les irrite. « Les entreprises savent qu’elles sont notées et que de cette note, dépendent les réponses à leurs demandes de financement. Elles négligent cependant souvent le fait que leur manière de présenter leurs comptes, de démontrer leurs bonnes méthodes de gestion et de prévisions financières, compte autant que les résultats eux-mêmes ». Et les experts de sourire en rappelant qu’on peut très bien garder un « triple A » malgré des déficits colossaux, si les chiffres sont bien présentés.

Yvan Landrieu

Mais ils soulignent aussi que cette exigence de transparence ne doit pas s’exercer à sens unique. Les CFO ont eux aussi le droit d’auditer leurs banques. Pour un peu, ces dernières le souhaiteraient même, puisqu’elles se sont engagées, depuis des années de libéralisation du secteur et des tarifs, dans une course effrénée à la différenciation par les services. Et même si elles sont encore tentées par la perspective de ligoter leurs clients, par exemple en leur vendant des solutions techniques propriétaires pour les échanges dématérialisés, elles reviennent de ces erreurs lorsque des outils plus ouverts font leur apparition. « Ce qui compte, finalement, c’est de parvenir à une relation mieux équilibrée ». Paradoxalement, les banques ont avancé sur cette voie depuis quelques années. Les PME doivent en tenir compte et faire leur part du chemin.

(*) Yvan Landrieux, responsable activités banques et Norbert Jamet, responsable marketing

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